Le Vendée Globe s’est achevé vendredi dernier avec la fermeture officielle de la ligne d’arrivée. Jeanne Grégoire, directrice du Pôle Finistère Course au Large dresse le bilan de cette 10ème édition.

Quel est, selon-vous, le moment clé de la victoire de Charlie Dalin ?
La victoire de Charlie commence à s’écrire le 22ème jour de course, dans l’Océan Indien. Il est au contact de Yoann Richomme et Sébastien Simon alors qu’une forte dépression se présente. Charlie décide de rester en avant des vents les plus forts et d’une mer plus difficilement praticable. C’est la route la plus courte et la plus rapide mais cela implique de respecter un timing en navigant vite, sur le fil du rasoir pendant 72 heures. Il faut de la confiance, de l’expérience et de la lucidité pour s’engager sur cette option. Charlie n’a pas le droit à l’erreur mais ça lui permet de prendre l’avantage et puis, il impacte psychologiquement ses concurrents. La trajectoire et l’engagement de Charlie resteront dans les mémoires !
Si Yoann Richomme revient au contact et passe même le Horn avec 9 minutes d’avance, le bateau de Charlie est optimisé pour exploiter les conditions météorologiques de la remontée de l’Atlantique.

Quel est le bilan pour le Pôle Finistère Course au Large ?
Nous sommes très contents et fiers. Il y a bien sûr la victoire de Charlie qui réalise une course magnifique. C’est tout de même la deuxième fois qu’il termine un Vendée Globe en tête, seul Michel Desjoyeaux avait réussi pareil exploit avant. La seconde place de Yoann Richomme est un coup de maître. Il a été en tête une partie de la course et notamment au Cap Horn. Le duel a bien eu lieu ! Et si l’on regarde plus largement, 8 des 10 premiers concurrents se préparent au Pôle et naviguent ensemble à l’entraînement. On peut aussi souligner la belle 16ème place de Benjamin Ferré qui termine premier des bateaux à dérives, sur le mythique bateau vainqueur de François Gabart, un dessin de 2010 !
La bataille dans le top 10 a été particulièrement disputée ?
Au-delà du podium, la bagarre pour les places d’honneur a été incroyable. Les conditions météorologiques, depuis ce “cut” de la flotte dans l’Océan Indien, ont été particulièrement ingrates pour un groupe composé de Jérémie Beyou, Paul Meilhat, Thomas Ruyant, Justine Mettraux, Sam Goodchild, Boris Herrmann et Sam Davies. Le vent fort rencontré ensuite dans la remontée de l’Atlantique, a été très stressant. C’est une phase du parcours où les bateaux sont fatigués et peuvent casser n’importe quand. Après avoir navigué bord à bord avec Nicolas Lunven dans le grand sud , Jérémie Beyou a réussi à s’imposer sur ce groupe. Il s’est battu pour cette quatrième place autant que si ça avait été la première. Il est sorti gagnant d’un jeu tactique au large du Brésil et a aussi réussi à se défaire de Sam Goodchild qui a rencontré des soucis techniques sur la fin de parcours. La régate a vraiment été intense, les skippers étaient fatigués et usés à leur arrivée.

La fiabilité des bateaux a augmenté ?
Il y a eu peu d’abandons sur ce Vendée Globe, certainement grâce aux sélections plus exigeantes. C’est la première fois que les marins arrivent aussi bien préparés, ce qui explique qu’ils parviennent à boucler leur tour du monde en course. Cela dit, il y a tout de même eu des faits de course et les avaries ont joué un rôle. Sébastien Simon a cassé un foil alors qu’il accrochait Charlie Dalin dans la fameuse dépression indienne. Sam Goodchild n’a pas pu jouer la quatrième place jusqu’au bout en raison d’une avarie de grand-voile.
Sur le plan statistique, c’est assez clair. Quinze des seize coureurs du Pôle ont réussi à terminer en course. Seul Eric Bellion a dû faire escale, avec assistance, aux Malouines mais il a réussi à rallier les Sables d’Olonne en solitaire. Nous sommes très heureux de voir que des projets aussi variés que ceux de Damien Seguin, Jean Le Cam, Violette Dorange ou Sébastien Marsset soient allés au bout et aient trouvé leur public dans cette grande aventure qu’est le Vendée Globe.
Les trois premiers, Charlie, Yoann et Sébastien Simon, ont des formations scientifiques. C’est devenu indispensable pour gagner ?
On peut se poser la question. Depuis la victoire de François Gabart, les profils scientifiques ont un avantage. Comprendre et maîtriser la conception de sa machine permet de mieux l’utiliser et, je pense, de mieux supporter les vitesses. Heureusement, la part dite de “feeling” reste importante et lorsque le navigateur est capable de la corréler à la compréhension des chiffres, la capacité de performance est redoutable.
Ils sont aussi passés par des filières de détection que le Pôle Finistère Course au Large accompagne. Quelles leçons en tirer ?
Les filières de détection sont un moyen exceptionnel d’atteindre l’excellence. Charlie Dalin et Yoann Richomme sont passés par le programme Skipper MACIF (1 victoire sur la Solitaire, 3 podiums de Solitaire et 3 titres de champions de France) et Sébastien Simon – qui n’est plus au Pôle – remporte la Solitaire du Figaro, en 2018, sous les couleurs Région Bretagne – CMB Performance. La force des filières réside dans la stabilité de fonctionnement. Cela permet aux coureurs d’aborder les différentes thématiques de la performance, et de l’environnement de la performance et ce, de manière progressive et cadrée. Intégrer une filière, c’est aussi en subir les contraintes et savoir composer avec, c’est une bonne école pour la suite et pour les “gros” projets ! Nous souhaitons un pareil succès aux skippers à venir et notamment à Elodie Bonafous. Première lauréate du Challenge Océane, elle sera au départ du Vendée Globe en 2028 avec un bateau neuf, tout juste mis à l’eau, sous les couleurs d’Horizon 29.
Cette mission de détection est structurelle pour le Pôle et nous sommes très heureux de voir qu’elle porte ses fruits.

Cette campagne Vendée Globe est la fin d’un cycle de 4 ans pour la nouvelle équipe du Pôle. Comment l’avez-vous abordée ?
Nous avons fait face à une demande très forte d’adhésion ce qui a bousculé le fonctionnement traditionnel. Depuis 2 ans, l’équipe Imoca du Pôle est composée de 16 navigateurs, c’est du jamais vu. Nous avons souvent des stages avec plus de 10 bateaux. Nous formons alors une équipe de 4 à 5 entraîneurs. Cela nous permet de faire embarquer Yann Elies et Vincent Riou à bord des IMOCA par exemple. Cette plus value est énorme. Savoir ce qu’il se passe à bord permet à Erwan Tabarly, l’entraîneur du Pôle, de proposer des séquences adaptées aux préoccupations des coureurs. Les bateaux ont évolué et les navigateurs attendaient aussi plus de technique lors des briefings.
Erwan réalise et coordonne les routages de départ, il est donc très connecté aux performances des bateaux. Cette expertise internalisée, participe à la qualité des formations et de l’accompagnement tout au long de l’année.
Notre fierté est aussi d’avoir réussi à tenir les règles du collectif. Aujourd’hui, tous les skippers sont présents à tous les debriefings et ils partagent autant que possible, pour des futurs concurrents !
Nous nous sommes parfois arrachés les cheveux pour réussir à fonctionner avec un si grand groupe aux projets variés, dans les moyens et dans les ambitions, tout en respectant la double mission du Pôle Finistère Course au Large, de s’inscrire dans la plus haute performance et dans son territoire.
Le lundi 13 janvier, au large de l’archipel des Glénan, nous sommes allés à la rencontre de Charlie, sur notre légendaire Tornado orange, avec Erwan, Kate Henaff et même Christian Le Pape (fondateur et ancien directeur du Pôle, ndlr). Il y avait aussi le semi rigide de Mécanique Plaisance. C’était un grand moment d’émotion qui bouclait ce premier cycle de 4 ans !

Quelles sont les pistes de travail pour le Vendée Globe 2028 ?
Il est encore un peu tôt pour tirer des leçons de cette édition. Sur le plan technique, nous attendons encore le retour des coureurs par l’intermédiaire d’un questionnaire. Ils sont déjà plus nombreux qu’il y a 4 ans à avoir répondu ! C’est une marque d’engagement pour nous, c’est très motivant ! Nous restons convaincus que renforcer encore notre relation avec les teams IMOCA, et les partenaires sert l’ensemble du projet. C’est un lien de confiance qui existe déjà avec certaines équipes et qui crée les conditions de la performance.
Vous les retrouvez bientôt au Pôle Finistère Course au Large ?
Après une telle course, nous avons à cœur de les remercier et aussi de partager un moment avec le grand public. C’est pourquoi le Pôle et ses partenaires donnent rendez-vous, au grand public, le 19 mars, à 17h30 pour célébrer les marins.
Informations pratiques :
📅 Date : 19 mars
🕠 Heure : 17h30
📍 Lieu : Port-la-Forêt (Finistère)
🎟 Entrée libre

Skippers IMOCA adhérents du Pôle Finistère Course au Large :
- Les foilers :
– Jérémie Beyou (Charal)
– Charlie Dalin (MACIF Santé – Prevoyance)
– Nicolas Lunven (Holcim – PRB)
– Paul Meilhat (Biotherm)
– Yoann Richomme (Paprec – Arkea)
– Thomas Ruyant (Vulnerable)
– Damien Seguin (Groupe APICIL)
- Les internationaux :
– Samantha Davies (Initiatives-Coeur)
– Sam Goodchild (Vulnerable)
– Boris Herrmann (Malizia – SeaExplorer)
– Justine Mettraux (Teamwork – Team SNEF)
- Les bateaux à dérive :
– Eric Bellion (Stand As One – Atavia)
– Violette Dorange (Devenir)
– Benjamin Ferre (Monnoyeur – Duo for a job)
– Jean Le Cam (Tout commence en Finistère – Armor Lux)
– Sebastien Marsset (Foussier)